Nous étions dans le salon. Nous n'avions pas mangé. Il était pourtant tard, mais l'appetit n'était pas là. Autant pour moi que pour lui. La maison paraissait très vide, mise apart le bruit de la télé en fond sonore. J'étais enroulé dans une couette, je tentais de cacher mes larmes. Nous avions assez pleurer. Il éteignit la télé. Il passa à coté de moi sans posé son regard dans le mien. Je voyais pourtant très bien les larmes qui perlaient dans ses yeux. Dans ses yeux à lui. Lui, mon frère. Nous sommes beaucoup plus que ça a vrai dire. Un certain lien nous lie depuis la naissance. Et ce lien est beaucoup plus fort que tout. Indestructible. Quand je ne vais pas bien, il le sait. Quand il se passe quelque chose en rapport avec lui, je le sens. C'est plus fort que nous. Un peu comme un don. Le don de n'être qu'une personne tout en étant dans deux corps différents. Nous ne sommes pas jumeaux pour rien. Cette après midi ça n'allait pas. Il avait voulu m'appeler mais mon portable était resté en mode silencieux. Je n'avais rien entendu. Il s'était inquiété, il était rentré aussi vite qu'il avait pu. Je n'étais pas à la maison. Mon portable était posé sur la table. Huit appels manqués. Tous de lui. Après avoir été dans toutes les pièces, il s'était dirigé vers la piscine, personne. Son portable avait sonné peu après. Je l'avais prévenue que je l'attendais à l'hopital.
[...]
«
Il va bien ? Où est-il ? Yume répond moi ! » C'est là où il avait commencé a s'énerver. Mais je ne pouvais m'empecher de pleurer. Je n'arrivais à sortir aucun mot de ma bouche. Mes sanglots avaient envahis tout le hall de l'hopital. Il s'énervait encore un peu plus, me demandant des explications.
«
Yume ! Je te préviens si tu ne me réponds pas dessuite, je .. » puis il m'avait pris dans ses bras, ne sachant pas comment il aurait pu continuer cette phrase. Non, il ne pouvait rien me faire. On s'aimait trop pour se faire du mal. Je sentais que lui aussi allait mal. Je savais que lui aussi avait envie de pleurer. Et pourtant, il ne savait rien. Il n'était au courant de rien, pour le moment..
Le docteur était venu nous chercher et nous avait emmener dans la chambre de mon père. De notre père. Ma mère n'était pas là. Partie rendre visite à nos cousins d'Amérique, à New-York. C'était un voyage que l'on faisait souvent. Pour on ne sait quelle raison, cette fois ci mon père ne l'avait pas accompagné. Il disait etre fatigué. Et le voilà, qu'il se retrouvait à l'hopital. Allongé comme un comateu, son c½ur relié a une machine qui émettait quelques « biip » a chaque battement de son c½ur, pourtant si lent.. Des tuyaux branchés de partout, ses yeux étaient fermés.. Ses yeux étaient fermés.. Pourquoi est-ce qu'il ne se réveillait pas ?
«
C'est bon papa, on a assez eu peur, allez reviens maintenant. C'est plus très drôle tu sais maintenant. Papa, s'il te plait. Maman revient bientôt. Elle ne sera pas vraiment contente de te voir dans cet état. Allez papa.. »
Pendant que je pleurais, mon frère, lui parlait. Comme s'il l'entendait.
D'après les quelques informations que nous avions eu, il était dans cet état là depuis seulement quelques heures. Sans doute depuis que nous avions quitté la maison, Jude et moi. Le docteur avait été clair : il ne finirait pas l'année. La réaction de Jude et la mienne avait été identiques : nous avions rigolé. Aussi bisarre que cela puisse le paraître, oui, nous avions rigolé. Et même éclaté de rire. Un rire nerveu surement. Ce qui était sur c'est que aucun de nous deux ne croyait les paroles du docteur, pourtant bien placé pour savoir si oui ou non mon père allait s'en sortir. Il ne savait pas vraiment d'où ça venait, qu'est-ce que c'était exactement, mais, en citant exactement ses mots «
a l'allure où le virus se propage dans le corps de votre père, toutes ses cellules vont se détruire. Elles ne pourront pas résister. Il n'a pas assez de défence. Je suis désolé mademoiselle » Et puis, j'avais déjà demandé, non il n'y avait rien que l'on puisse faire de plus. Même avec un don d'organe, la vérité était là, que nous le voulions ou pas ... Mon père allait mourir.
[...]
Nous en étions donc là. Lui, Jude, mon frère. Et puis moi, Yume. Dans cette maison. Vide .. Sans présence. Sans personne. Seul'ment lui et moi. Pas un mot n'avait été échangé depuis que nous étions rentré de l'hopital. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire. Il ne savait pas comment me réconforter. Mais voilà qu'a présent il venait de partir du salon. Sans aucune parole. Le silence remplissait de nouveau tout l'espace de notre immense maison. Et puis, comme si cela ne suffisait pas, il me laissait seule, dans le salon. Si lui aussi me quittait, je ne sais pas bien ce qui aurait pu m'arriver. J'aurais sans doute passer toute la nuit à me morfondre sur mon sort. Ou plutôt celui de mon père. Après quelques minutes passées à pleurer autant que je le pouvais, je le rejoingnis sur la terasse. Il faisait plutôt bon pour un 12 août. Nous étions assis cote a cote. Tout deux regardant vers le lointain, tout au fond de mon jardin. Un doux vent d'été traversait mes vêtement. Je fermais les yeux. Au bout de quelque secondes, je le sentis bouger. J'ouvris les yeux. Il s'était seulement servis un verre de « sex in the beach » comme on avait l'habitude de boire lorsque nous étions avec nos amis. Et il buvait, doucement ce cocktail, qui allait sans doute lui monter bien vite a la tête vu la taille du verre qu'il avait choisi. Je refermais les yeux. Les seuls bruits que j'étais capable d'entendre étaient le vent qui effleurait les branches d'arbres et la vodka accompagné de ce petit mélange bleuté toucher les levres de mon frère, et descendre le long de sa gorge. Ce qui faisait un bruit tout a fait étrange a vrai dire. Je rigolais.
-
Qu'est-ce qui te fais rire ? -
Toi.
-
Je te préfère comme ça.
-
Je sais.
[...]
Cela faisais un moment que nous étions comme cela a présent. A parler. De tout et de rien. De nos problèmes, de nos joies, de nos peines. Malgré que nous les connaissions par c½ur. De nos amis. De notre mère. Puis, de notre père..
-
Comment tu as su ? -
... -
Yume. S'il te plait... -
Ce matin, je suis partie en même temps que toi. Je suis allée rejoindre les filles en ville. Et puis vers 14h50.. J'ai reçu un appel. Ça venait de la maison. Mais personne n'a répondu. Personne n'a parlé.. Je me suis d'abbord inquiété, pensant que c'était toi, et qu'il t'était arrivé quelque chose. Et puis je me résignais a me dire que si ça avait été toi, je l'aurais sentis.. J'ai donc pensé à papa. J'ai crié aussi fort que je le pouvais dans le téléphone, personne ne me répondait. Je suis montée dans le premier taxi, qui m'a emmenait jusqu'ici. Et puis je l'ai trouvé, là, dans la cuisine ... Il était allongé parterre. Il avait chuté, il y avait donc un peu de sang par ci, par là .. Je t'épargne les détails. J'ai appelé l'hopital et puis la fin de l'histoire tu la connais.. Jude .. ?-
... Mmh ? -
Je sais que c'est dur, mais il faut que l'on accepte les choses tel qu'elles sont.. Papa va mourir. Je ne pouvais pas continué de parler. J'avais réussi a rester forte. A ne pas pleurer. Même pas la moindre larme ne perlait dans mes yeux. Mais les trois derniers mots que je venais de prononcer étaient trop dur. Mon c½ur s'était noué et menacait de lacher. Les larmes allaient monter trop vite, je le savais. Il fallait que je me contrôle. Pour lui. J'avais assez pleuré de toute facon.
Jude m'avait écouté tout au long de ce court récit, sans rien dire. Lui, au contraire n'avait pas pu retenir ses larmes. Elles coulaient les unes après les autres sur ses joues. Il reniflait de temps a autre, tentant d'etre le plus discret possible. Il ne voulait sans doute pas que je me mette dans le même état que lui. Nous ne nous en serions pas sorti. Il fallait qu'un de nous deux reste fort. Je n'aimais vraiment pas le voir comme ça. Il me prit dans ses bras et pleura de plus belle. Oui, nous étions triste. Anéantis serait peut etre encore plus juste. Une fois libéré de ses bras qui m'avaient serrés si fort, je finis en une gorgé le reste du cocktail. Après tout, qu'est-ce qui pouvait nous atteindre à présent ?
-
Jude .. -
Mmh ? -
J'ai rencontré quelqu'un, qui m'a beaucoup touché.
-
...-
Tout à l'heure. A l'hopital. -
...-
J'aimerai te le présenter._________________________________________
Réaction ? :)